Dans la continuité de son importante rétrospective au Palazzo Real de Milan, Valerio Adami présente à Paris à la Galerie Strouk une sélection d’œuvres récentes. Le
maestro aime à déclarer que le rôle de l’artiste est de défendre sa conception de l’art et c’est ce qu’il fait à merveille dans ses nouvelles toiles : son monde allégorique tributaire de ses voyages et de ses références culturelles nourri d’introspection et de mélancolie traduit comme l’écrit Daniel Arrasse «l’imminence d’une tragédie». Avec la peinture et la philosophie qui sont pour lui des instruments du doute, Adami continue de déconstruire l’image qu’il change en interrogation et à force de dessin et d’aplats de couleurs, «le tableau plus qu’une interprétation du réel est un dispositif pour penser.
[1]» Pour Adami, peindre, c’est la volonté de déposer son autobiographie.
Il traite souvent de rendez-vous coupables et représente des endroits de passages ou des lieux intimes, certains confinés, feutrés, d’autres ouverts à l’aventure. Durant sa période Pop, il signe avec ses collègues de la Figuration narrative un retour à l’image face à la peinture informelle et gestuelle basée sur l’émotion de l’artiste. Il restitue au tableau son contexte social et plus particulièrement l’emprisonnement du corps dans un monde urbain, à la limite carcéral. Par la suite, à partir de ses «mythologies quotidiennes», il s’interroge sur la place de l’homme dans l’histoire, le mythe et la tradition. Apparaissent alors dans ses œuvres des figures tirées de l’Antiquité où dans sa modification des légendes, il propose une archéologie de la pensée, par sa mise en place d’une «diaspora des idées». Comme toujours son dessin aigu s’impose sur «le vide matériel de la couleur» en larges aplats et nourrit une certaine angoisse qui développe le sens d’un tragique intemporel et distancié. Son trait si caractéristique joue sur des associations, des juxtapositions, la fusion d’idées : l’expérience personnelle, la vie, la philosophie, la politique, l’art, l’inconscient… et il déclare : «Au fond, je ne recopie que les élans du cœur dans toutes leurs complexités. Ces impulsions sont faites de mémoire, d’émotion, de désir et de soif du futur. Tout est là, entre l’intelligible et le non-intelligible. Je travaille surtout pour montrer la complexité du cœur.
[2]»
Dans ses œuvres récentes, Adami propose une sorte d’inventaire des signes de connivence entre l’art et le temps pour rompre « l’ordre menteur de l’impérissable ». Avec ses paysages métaphoriques sous la lune et les étoiles, face au soleil du matin et du soir, il se dégage du temps de l’Histoire pour celui de la Vie, un temps dont sa vie personnelle est la mesure. Il marie ainsi encore une fois de façon magistrale le temps de l’Occident, celui du changement et du quotidien et celui de l’Orient, celui de l’inchangé, de l’immuable et du mythe. Comme il l’explique : «Là résident tout le mystère et la magie de la peinture : créer un mythe, créer ce conflit entre le temporel et l’intemporel.»
Renaud Faroux
[1] O. Kaeppelin,
Un doute radical, Éditions Strouk, Paris, 2024.
[2] R. Faroux,
Le Pop Art en Europe, Éditions Mare Martin, Kremlin Bicêtre, 2017.