Né en 1939

JEAN-PIERRE RAYNAUD

Jean-Pierre Raynaud reste fidèle à ses études à l’Ecole d’horticulture de Versailles et ses premiers assemblages de 1959 font référence à « une nature urbaine » faite de signalisations routières sur des plaques de bois. A partir de 1963 il compose ce qu’il appelle des Psycho-Objets. Pots de fleurs, crocs de boucherie, jauges, extincteurs, panneaux de signalisation... proposent un rassemblement incongru d’ustensiles tirés de l’environnement quotidien pour constituer la matière première de son œuvre. Chez lui ces objets ont toujours une valeur de symboles, voire de rappels à l’ordre et composent une véritable poésie de l’urgence. Pour cela Raynaud met en avant le contraste de deux couleurs aux connotations affectives très fortes. Ainsi le blanc, avec son idée de pureté clinique, d’asepsie, de vide, est opposé au rouge qui symbolise l’alarme, le danger, l’agression. Tous deux dessinent comme des blasons modernes du corps social. Le recours à cette dualité confère à ses œuvres une terrifiante présence comme on pouvait la ressentir dans la stupéfiante installation présentée à la Galerie Laurent Strouk en 2020 en pleine pandémie. On y découvrait d’immenses panneaux « circulation interdite » troués d’impacts de balles de carabine. L’artiste s’exprime avec l’efficacité du code de la route, avec des moyens qui ne laissent percer ouvertement aucune émotion et qui exposent froidement une situation, même si celle-ci est dramatique. Il laisse au spectateur toute liberté de choix mais conditionne ses réactions sans toutefois faire appel à son sentimentalisme. L’intrusion mentale qu’il propose, réconciliant le ready-made de Duchamp et les couleurs primaires de Mondrian, donne à l’objet une nouvelle signification plastique sans le dénaturer mais en sursaturant sa charge d’agressivité. Par ce contraste rouge et blanc, ce dernier ayant pour fonction d’ « intensifier le rouge », l’artiste résume toutes les contraintes dressées devant l’être humain et présente une dialectique féconde entre l’hygiène et la cruauté, entre la vie et la mort. Comme le souligne le critique François Pluchart : « Raynaud a mis à jour un système plastique par lequel il a apporté au Nouveau réalisme la rigueur constructiviste dont il était dépourvu et au Pop Art une agressivité qu’il ne connaitra jamais autrement que par lui. » 
Par l’efficacité de son travail le plasticien provoque un questionnement sur la société accompagné très souvent d’un sentiment de vertige parfois même de nausée existentielle. La violence de l’œuvre marque l’esprit, choque la raison, meurtrit la pensée et érafle même l’émotivité. Raynaud compte parmi les artistes que le poète et critique d’art Alain Jouffroy appelle « Les Objecteurs » et il précise : « Devant les objets de Jean-Pierre Raynaud, silencieux comme des dalles de tombes, on croirait assister à un rêve de prisonnier... Tous ses tableaux-objets sont des murs : propres, carrelés, lisses aseptisés. Un ordre inviolable y règne, et la paix qu’on y trouve reflète une absence impossible à identifier. »  Ses « Objets » possèdent une évidence qui rivalisent avec l’environnement quotidien mais déroutent dans la mesure où les signes qu’ils articulent sont là surtout pour inquiéter. Sans que l’on puisse saisir ouvertement la finalité d’une telle opération on y pressent la volonté de l’artiste de jauger, calibrer, cataloguer, critiquer la société dans ce qu’elle a de plus coercitif.
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Visuels


VUE D’EXPOSITION - TIR - 2021


JEAN-PIERRE RAYNAUD

TIR 00027, 2019

Métal émaillé

ø 86 cm | Ø 218.4 in.




Publications
CATALOGUE D’EXPOSITION

LE MENTAL MONUMENTAL, 2011

CATALOGUE D’EXPOSITION

ON A PAS INTÉRÊT A ÉCHAPPER À CE QUE L’ON EST, 2013

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JEAN-PIERRE RAYNAUD

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